Colombe Pringle, un destin de femme

Colombe Pringle directrice de la rédaction de Point de Vue (Photo l'Express.fr)

Colombe Pringle directrice de la rédaction de Point de Vue (Photo l’Express.fr)

Elle est directrice de la rédaction de Point de Vue, mais pas seulement… c’est aussi une femme qui défend les femmes. Zoom sur le parcours particulier d’une personnalité attachante…et féministe.

Elle a une fougue particulière et est d’une spontanéité surprenante. Quand on lui demande de raconter son parcours, elle lance d’un coup « je suis Bac moins 4 ». Puis ajoute tout naturellement : « Mon père m’avait dit à propos du Bac, or you get it or you get out, alors j’ai dit I get out. »

Coursière à l’âge de 17 ans pour l’émission Dim Dam Dom, Colombe Pringle est maintenant, à l’âge de soixante-quatre ans, directrice de rédaction de Point de Vue, hebdomadaire qui traite, entre autres, des destins royaux. Elle fait donc partie des 18% de femmes qui, selon le journaliste Erwann Gaucher, sont à la tête d’une rédaction. Un chiffre qui lui parait bien bas. « Ça me parait étrange, parce qu’à la télé il y a beaucoup de rédactrice en chef et dans la presse féminine aussi », dit-elle avant de lancer : « je trouve que ce n’est pas assez.  Réveillez-vous les filles ! ».

Pour elle, le journalisme « c’est un métier d’hommes et de femmes » mais ce qui fait que certaines accèdent à des postes à responsabilité est avant tout dû à une question de volonté.  « L’envie de pouvoir c’est le côté masculin de la femme. Ce qui est important, c’est de faire ce qu’on a envie de faire, ce n’est pas si amusant d’être chef », affirme-t-elle. Et quand on lui rappelle qu’avant Point de Vue elle était rédactrice en chef adjointe de Elle et rédactrice en chef de Maison française et de Vogue, elle se justifie: « c’est un défi ! Quand tu reprends un journal c’est toujours excitant ! Oui, à chaque fois on se fait avoir, on a envie de le faire. »

A l’instar des destins royaux qu’elle présente dans Point de Vue, le parcours de Colombe Pringle est étonnant. Après Dim Dam Dom, elle entre comme stagiaire à Elle magazine pendant 3 ans : « J’adorais la mode à l’époque, j’avais les cheveux rouges, orange… ». Mais c’est à l’agence Mafia (Maïmé Arnodin Fayolle International Associés), premier bureau de style, où elle fait ses armes. « C’était dirigé par deux femmes qui ont lancé le stylisme, j’ai appris à travailler chez elles ».

Vogue, « 7 ans formidables »

Trois ans après, elle retourne à Elle et travaille aussi pour Jardin des Modes.  Mais elle est attirée par l’écriture. Alors, aidée par son ami rédacteur en chef du service culture du magazine, elle fait des interviews et devient grand reporter. Elle couvre le festival de Cannes pendant 3 ans pour le film français, hebdomadaire des professionnels de l’audiovisuel, et écrit une chronique intitulée persifle et signe pour le JDD. En 1982, elle est rédactrice en chef adjointe de Elle jusqu’en 1986 où elle fait son entrée à Vogue comme rédactrice en chef. «  7 ans formidables », déclare-t-elle. A cette époque le magazine proposait des interviews en Une des numéros de Noël. Colombe Pringle se rappelle : Rostropovich en 1989, Martin Scorcese en 1990 et le Daïla Lama en 1992. La Une sur Nelson Mandela qui, à cette époque, était candidat à la présidence de l’Afrique du Sud, lui a laissé un souvenir tout particulier. « Ça a été génial mais il y a eu une crispation du côté des annonceurs de voir un noir, communiste, en Une ». Elle quitte alors Vogue. En partie pour cette raison, mais aussi parce qu’elle était passée à autre chose, « je n’allais plus mourir pour une robe, ce qui m’intéressait c’était la culture ».

Un an de chômage s’ensuit. Elle en profite pour écrire un ouvrage : Telles qu’elle, 50 ans d’histoire des femmes. « Je me suis beaucoup amusée, je m’intéresse beaucoup aux femmes, je suis militante et féministe ! », s’écrie-t-elle avant de citer les grands noms, Hélène Gordon-Lazareff qui a créé Elle, Françoise Giroud qui a cofondé l’Express et l’a dirigé comme directrice de publication jusqu’en 1974… Et quand, justement, on lui parle de la Une de l’Express qui a fait polémique, elle monte sur ses grands chevaux, « c’est une Une 100% machiste, une femme n’aurait jamais fait ça. On ne réunit pas les Hommes selon leur sexe mais selon leur vie, leur destin. Il n’y a aucun lien entre toutes ces femmes et elles ne lui gâchent pas la vie, elles existent ! ».

Et pourtant Colombe Pringle, pour y avoir travaillé, connaît bien l’Express. En 1996, alors que Denis Jeambar reprend l’hebdomadaire, elle y entre comme rédactrice en chef au service société. Un an après elle laisse la direction pour être grand reporter pour le magazine. Puis le groupe de presse rachète Maison Française, « un vieux journal de déco », dit-elle. Elle en devient directrice de la rédaction. « Je me suis beaucoup amusée, j’en avais marre des maisons frigidaires donc j’ai mis des fleurs partout ! ».

« On essaie toujours de nous baiser un peu »

Au bout de deux ans cette hyperactive a déjà fait le tour du magazine de décoration et entre à la direction de Point de Vue. C’était en 2004, «  et j’y suis encore parce que c’est très amusant », s’exclame-t-elle. Avec quatre enfants, quand on lui demande comment elle a concilié sa vie personnelle et sa vie professionnelle, elle répond : « ce n’est jamais une question qu’on pose aux hommes. Il faut choisir des hommes qui sont capables de jongler, de faire ce que les femmes savent faire ». Pourtant elle insiste: il faut travailler, « ça apprend aux enfants le partage des tâches, que la mère n’est pas 100% disponible et que le père peut l’être aussi ». Puis elle ajoute, «  Je ne veux pas paraître héroïque, ce n’est pas tout le temps parfait, mais on peut avoir plusieurs priorités. »

Selon l’observatoire des métiers de la presse, le salaire moyen des femmes journalistes était inférieur à celui des hommes en 2008 (3694 euros pour les hommes, 3145 pour les femmes). Ces chiffres-là la dérange, « Après mon corps m’appartient, on s’est battu pour à travail égal, salaire égal, on n’a pas gagné cette bataille-là, » puis elle précise, « on essaie toujours de nous baiser un peu, mais je pense que c’est moins vrai avec la nouvelle génération ». Cependant, elle est contre l’instauration des quotas, « on n’est pas une minorité ». Mais elle est d’accord avec le sociologue du travail, Pierre Tripier, qui affirme que « pour monter les femmes ont dû montrer qu’elles étaient très très très bonnes, alors que les hommes ont juste eu à être très très bons ».

Pourtant, elle reste persuadée qu’une femme a une autre approche de l’actualité. Pour expliquer sa position, elle donne l’exemple de Rachida Dati qui sort de la clinique juste après avoir donné naissance, « un homme voit ça comme une sorte d’héroïsme alors que nous on voudrait lui demander : qu’est-ce que t’essaies de dire en étant si inhumaine et dure ! ». Elle déclare que « ça serait embêtant s’il n’y avait pas une Raphaëlle Bacqué ou une Ariane Chemin au Monde » mais tempère « très vite on oublie que c’est un homme ou une femme, c’est un regard, un talent… » Et de conclure : « Vive les femmes !… et vive les hommes… vive la différence. »

Photo : L’express.fr

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